Mots cochon.

La poésie est merveilleuse … mais la vraie poésie se trouve dans la vie quotidienne. Malheureusement, le plus souvent, seul le poète peut la comprendre.
— Adam Donaldson Powell

Gaytude est une vision poétique, tant de la diversité, que de l’universalité de l’expérience gay … elle est la confluence dans laquelle l’amour individuel, le désir et l’identité, sont à la fois, constamment en tandem et en conflit avec les moeurs, les coutumes, les codes de conduite et les tendances de la société. D’une certaine manière, nous sommes tous gay … dans la mesure où nous voulons tous jouïr du droit d’être différent, et en même temps, de rester ce que nous sommes essentiellement. Pour certains, la plus belle chose qui soit au monde est la reconnaissance et l’acceptation, pour d’autres, c’est l’aventure qui prime, l’excitation d’une intimité secrète. Ce livre est dédié à tous les gays de la terre, aussi bien à ceux qui proclament haut et fort leur homosexualité, qu’à ceux qui ne la mettent pas en avant, ou qui la cachent, de peur d’être pointés du doigt, de subir quolibets et agressions, voire pire, de se faire emprisonner, fouetter ou même tuer, dans ces pays, encore si nombreux, aux régimes régressifs, qui les considèrent encore comme des malades ou des criminels. Un jour, les gays du monde entier pourront citer Catulle sans rougir: ” Pedicabo ego vos et irrumabo ” (je t’enculerai et tu me suceras).
— Adam Donaldson Powell

Douze poèmes de ” GAYTUDE ” : par Adam Donaldson Powell,
(adapté de l’anglais et de l’espagnol par Albert Russo)

MOTS COCHON.

Insinuations lubriques murmurées
dans l’espace enfumé des bars
qui excitent les gonades
et font croire à des promesses
mots doux et traîtres à la fois.
Les effluves de corps en sueur
se mêlent aux parfums
des Grands Magasins
comme l’eau et l’huile,
le cuir et la soie —
éléments hétéroclites,
qui s’attirent cependant
comme par magnétisme.
Eh oui …
j’aime cette manière que tu as
de mentir en prenant des poses,
en attachant mes poignets et mon sexe ;
en me forçant à m’agenouiller ;
exigence d’une totale soumission.
Dans cet air étouffant, nous entamons
le ballet sensuel des flirts anonymes,
tu détournes ton regard ;
je plonge le mien dans mon cocktail,
tu commences alors à scruter,
Lentement, mon torse et ma taille.
J’acquiesce en souriant, et toi
tu t’éloignes, car j’ai enfreint
les règles du jeu,
trop pressé de remplacer
mes fantasmes par la réalité,
invitant par là le danger.
Tu me regardes mais feins l’indifférence
et je m’en vas avec quelqu’un d’autre
deux heures plus tard.
Moi, épuisé,
le tête fourmillant d’images lubriques,
j’investis, écoeuré et rageur,
les entrailles d’un quidam.

CHERCHE AMANT, UN VRAI.

Je veux un amant, un vrai …
et je le veux maintenant.
Comme Arthur Rimbaud … ou Jean Genet.
Non pas comme ces mauviettes
qui ont parsemé ma jeunesse :
l’oncle qui m’avait convaincu que j’étais
une ‘tapette’, un ‘gogo bizarre’,
avant que je n’apprenne
ce qu’était la baise ;
et cet enfoiré qui m’a violé
dans la maison de sa mère — m’obligeant
À tenir ma langue de peur qu’elle ne se réveille
et appelle la police … pour me coffrer, ou pire.
Ou bien encore cette ‘folle’ sadomaso qui
possédait tout un attirail de jouets sexuels
et de godes en caoutchouc,
mais qui se fâcha lorsque je me mis à rire
parce qu’elle ne pouvait plus bander … normalement.
Je veux un amant, un vrai ;
qui puisse me sucer et m’enculer
et me prendre comme un ‘homme’.
Je veux un amant, un vrai … qui soit
tout ce qu’il dit être ; et qui s’en ficherait
que l’on apprenne qu’il aime un autre homme.
Je veux un amant, un vrai …
Comme Arthur Rimbaud … ou Jean Genet.
Et je le veux maintenant.

AVANT LA MORT DE MON BIEN-AIMÉ.

Je pense à toi …
et me meurs
lentement
dans les rêves.
Je pense à toi …
Et maintenant
tout ce qui reste
sont la musique,
quelques paroles perdues
et … peut-être
une ou deux larmes
errantes …
Je pense à toi …
La pluie occulte
l’arrogante apathie,
l’insupportable rhétorique.
L’apologie
sans visage
de ceux qui demandent pardon.
Je me réveille et découvre
des larmes
coulant le long
des fenêtres fissurées
et des rêves brisés …
Soudain …
Je ne peux plus pleurer ;
la pluie s’est arrêtée.
Sous le ciel dénudé
le vieux tableau se décolore.
Et je pense encore à toi …
jusqu’à oublier
le silence qui existait déjà
avant la mort de mon bien-aimé.

MON ÉTRANGER … SI DOUX.

Si douces
sont tes promesses suggérées.
Mon étranger.
Mon inaccessible
moment de passion.
Tu me cajoles ;
tu me rejettes.
Nous ne pouvons
nous posséder
que dans des rêves fugitifs :
tous deux si différents
si totalement autres
et pourtant …
si merveilleusement
en harmonie.
L’implacable fantasme
est plus que la somme
des parts de réalité.
Je te vois partout ;
dans les pas des étrangers …
dans mes souvenirs.
Glissant depuis la taille,
lentement, jusqu’aux orteils
puis, avec la violence d’un éclair
l’on remonte, tout en haut,
pour ensuite
découvrir ton visage
insignifiant.
Mon étranger.
Ma passion.
Mon étranger …
Si doux.

LAME.

Notre danse est un rituel ;
une obsession insensée
entre deux papillons de nuit
jouant avec le feu.
Ni chaînes, ni fouet.
Juste une attache …
et les douces conséquences
de la lame tranchante d’un sabre.

SURVIVANT.

Oh oui, c’est un survivant …
sa mère alcoolique a le cancer du sein ;
et son ‘père’ l’a quitté bien avant
sa naissance.
Vivre dans un parking à caravanes
a ses avantages : les gens
s’en fichent que vous découchiez ou non …
ou que vous restiez absents des jours entiers.
Oh oui, c’est un survivant …
sa soeur était une prostituée ;
elle ne touche plus à la came
afain de conserver son emploi
comme caissière chez Wal-Mart.
Son petit ami, un vaurien,
vit à ses crochets …
il n’est même pas foutu de recycler
les bouteilles jetées à la poubelle
ni les canettes ou les récipients.
Oh oui c’est un survivant …
il se fait tabasser un jour sur deux
a l’école ; et giflé une fois par semaine.
a la maison. Il y est habitué et
a présent il s’en fiche,
depuis peu il porte sur lui
un couteau à cran d’arrêt
pour voir s’il peut se défendre …
comme à la guerre en Iraq.
Il rêve de posséder un revolver et espère
qu’un jour un mac connu de la pègre
croisera son chemin
et retapera sa vieille gimbarde
pour en faire un vrai bijou.
Oh oui, c’est un survivant …
Il prend ses médicaments contre le sida
uniquement lorsqu’il s’en souvient.
La vie est un doux mélange : parfois ‘paradis’
et souvent ‘enfer’ … cela dépend s’il est camé,
s’il a baisé ou s’il n’a rien fait du tout, ou les deux à la fois.
Un voisin punk l’a traité une fois de pédé
Il a souri simplement … l’enfoiré a eu peur
et a pris la poudre d’escampette. Ni chaud ni froid !
Tout cela est d’ailleurs aussi aléatoire que futile ; comparé
au réchauffement climatique, à la menace nucléaire,
aux tueurs en série, au terrorisme …
et que dire de ces satanées galeries marchandes !
Les posters qui ornent sa chambre
sont des photos de victimes :
de la Seconde Guerre Mondiale,
de catastrophes naturelles,
d’attaques terroristes …
ceux qui lui rappellent
qu’il a de la chance
peuvent aller se faire pendre !
Sa mère joue à plein volume
ce vieux tube disco “I will survive !” …
la rare fois qu’il décide
de faire ses devoirs.
Oh oui, c’est un survivant …

LE DERNIER TANGO.

Les règles de vie
les plus importantes
nous ont été révélées
avant l’aube, dans l’une
des grandes avenues
qui ont toujours été
en contradiction avec
la logique des choses utiles :
la vin jeune …
la débauche sexuelle …
les achats compulsifs
et sans doute aussi …
la fréquentation des églises
un jour ouvré.
Nous nous reconnaissons dans les
rêves vivants capturés
dans les tableaux de Goya et de Jérôme Bosch.
Et là, nous dansons notre dernier tango ;
lentement …
religieusement …
désertant la mémoire
des choses réelles
a l’ombre de nos
ultimes
indiscrétions.

ÉTALON.

Répondant à l’appel
d’une chaude nuit d’été,
le jeune homme musclé repère
les rues depuis le perron de
sa maison d’Oakland
avec le regard aiguisé d’un vautour.
Il apaise le feu
qui traverse ses entrailles
en buvant de la bière
et un fumant une cigarette,
se déhanchant aux rythmes
qu’émet son Sony Walkman
senteurs exacerbées
qui l’émoustillent.
Chaque fois qu’une femme
passe par là, il la salue
et lui fait des propositions.
A l’une d’elles, qui lui suggère,
avec mépris, de ‘se la faire mettre’.
Le jeune homme répond
en lui envoyant un baiser
et se met à rire
manière de se défendre
tout en restant courtois.
Jusqu’à ce qu’il avise
un garçon qui lui fait
des yeux doux
et il se met alors à crier :
“Cesse de me regarder comme ça,
Espèce de pédé ?!!”

METTONS LES POINTS SUR LES I.

Mettons les points sur les i …
Non, je ne suis pas ‘gay’, voilà, c’est dit …
Alors ne va pas pas chercher les poux ;
ne me salue pas dans la rue,
ni à la gym, ni dans la galerie marchande ;
et pour l’amour du ciel ne le dis jamais
a personne, tu entends ?
(Sinon, sinon tu risques la mort !)
Compris !!! VOILÀ ce que je voulais te dire …

PEUT-ÊTRE.

Vive
L’amour !
Vive
Le sexe !
Vive
Le mensonge !
Peut’être t’ai-je rencontré
dans l’errance de mes rêves.

IDENTITÉ.

N’aie pas peur …
Surtout ne fais pas le crétin
et cesse de te prendre pour Dieu le Père
alors que tu n’es qu’une mauviette.
Ne vois-tu pas que
je n’ai aucune envie de te baiser …?
Je veux être aimé, admiré ;
et parfois je veux être toi.
Suis-je en quête de fausses identités ?
Peut-être bien,
mais ce qui me peine le plus
c’est que je sui prêt à tout
pour en avoir une.
D’identité.

TRAVESTI.

Tu sais que je t’ai à peine reconnu
cet après-midi dans tes habits masculins !
Ton déguisement était si parfait
que tu as le temps de t’asseoir
avant même que je ne puisse m’enfuir.
Tu m’as à la fois surpris et intrigué
lorsque tu t’es plaint de ce que
le temps soit si long — car
souvent j’ai envié, voire méprisé
ta liberté et ton sens capricieux
de la réalité.
C’est drôle comme …
toutes ces années …
je t’ai pris pour un fou.
Mais à présent que nous partageons
le même désenchantement,
a propos de nos attentes
et du temps qui passe,
je me reconnais en toi.

REVIEWS OF GAYTUDE:

Kassa’s review

Dr. Santosh Kumar’s review

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