LETTRE A SON TRAVAILLEUR SOCIAL.

LETTRE D’UNE PROSTITUÉE À LA RETRAITE À SON TRAVAILLEUR SOCIAL

Chère Madame Defarge,

Je me suis bien acclimatée à mon nouvel appartement de banlieue. J’ai été à la recherche de travail, ce qui est difficile … mais je reste optimiste car j’ai déjà travaillé dans les magasins (avant d’avoir abusé de mes cartes de crédit et de recourir à la prostitution). En attendant, je suis reconnaissant pour l’aide financière que votre bureau m’accorde.

J’évite de passer pour une prostituée, de peur d’être refoulée dans la vie quotidienne. Ici, tous les autres hommes que je vois dans la rue ou dans un café ressemblent à des proxénètes potentiels. Bien que j’essaie de m’habiller de façon conservatrice – a mes yeux, du moins – Je sens le regard des hommes, des femmes au foyer et Des vieilles mémés me scruter lorsque je les croise dans la rue. Celle-ci (les femmes) ont toujours un regard acide … celui qui trahit l’envie et la méfiance.

Ce n’est pas comme à Paris, où de nombreuses femmes se sentent libres de se comporter comme elles veulent, certaines faisant les salopes, mettant les machos et les féministes extrêmes à leur place. Ici, les hommes se permettent de lancer des propos salaces dans la rue. Et les femmes n’en font même pas un cas, tournant la tête pour me suivre des yeux. Je sens leurs regards brûlants derrière moi longtemps après les avoir dépassées.

Pas plus tard qu’hier, j’ai été approchée par un homme dans la mi-trentaine, alors que je marchais près d’un café non loin de mon appartement. De la façon dont il s’habillait, et dont il s’est approché de moi, je sentais qu’il était soit de la ville ou qu’il était de passage. Je tremblai un instant, et me mit à marcher plus vite, alors qu’il prétendait que nous nous étions rencontrés auparavant. Je l’ai détrompé, lui assurant que je ne l’avais jamais vu auparavant. Il a ensuite répondu, avec un éclair dans les yeux, qu’il pouvait se tromper, mais que j’avais l’air familier … qu’il m’aurait vu ailleurs. J’ai haussé les épaules et lui ai dit que je n’avais pas le temps de bavarder, et que je n’étais pas du tout intéressée par les hommes. (Plus tard, j’ai regretté ce mensonge car on aurait pu me croire lesbienne, et cela m’aurait certainement cause des ennuis, surtout ici où l’on n’ose pas vivre ses fantasmes.) J’ai poursuivi ma marche à grands pas, et, jetant des coups d’oeil furtifs en arrière, je mes suis aperçue que l’homme ne m’avait pas quitter des yeux.

Je voudrais que les gens cessent de poursuivre les paranoïaques que nous sommes. J’aimerais parfois me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre. C’est alors que vos sages paroles me reviennent à l’esprit: “Agissez selon votre conscience, et surtout, n’écoutez pas les imbéciles!”

Cordialement,
Amélie


(Image: “The Devil comes at nighttime”, oil painting by Adam Donaldson Powell)

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