HUIT CONTES DE FÈES – dans l’esprit de Charles Perrault et Voltaire (François-Marie Arouet).

 

1. LA MARELLE.

Un est un nombre,
complet en lui-même,
que l’on utilise sans cesse …
même pour jouer au Pokémon Go.

Le premier obstacle
est le test d’un pédophile :
avec force sourires et gentillesses,
il m’appâte en m’offrant
un jeu de Pokémon rare.

Non merci, non merci …
me dis-je en moi-même,
je préfère jouer à la marelle,
sauter sur la troisième case
c’est bien plus tentant
on ne se laissera pas dupés
par ce genre de bonhomme.

Oh attention, il faut éviter les fissures
sinon, paf, on risque de tomber
et de se retrouver …dans l’Irak en feu!

Quatre et cinq : shhhh … ne me troublez pas
Ah, j’allais oublier, il y a classe de ballet
si nous l’écoutons, nous nous jetons
carrément sur les mines plantées par Daesh.

Il nous guette toujours, en salivant,
Sixième case: je le regarde
du coin de l’oeil, et voilà que
nous nous trouvons
face à face avec un soldat
qui veut nous forcer à l’épouser
nous qui n’avons que huit ans!

“Pas le temps !” je crie, la voix rauque
on se trouve déjà sur la sept …

Tiens, ma mère me sonne
sur l’i-Phone, pour me dire
que le dîner sera prêt à six heures.

“Oui, maman, ne t’en fais pas
je ne serai pas en retard”
dis-je toute haletante.

Nous approchons déjà
de la dix, puis de la onze.
“Monsieur, vous voyez bien que
nous sommes occupées,” lui fais-je
et, las, il s’en va.

Je prends enfin le bus 92,
toute en sueur, mais contente,
et rentre bien gentiment à la maison.

Les adultes n’imagineraient
jamais quels dangers nous guettent
tous les jours dans Paris.

Mais à quoi bon les effrayer!
Moi je sais me défendre,
dès que j’ai vu ce type,
j’ai su à qui j’avais à faire.

2. PRIVILÈGES.

Je me suis senti blessé, carrément humilié
lorsque avant-hier, après l’école,
tu as dit que j’étais un bâtard, simplement
parce que je ne connaissais pas mon père.

Quand je me suis plaint à la maison, on m’a conseillé
de faire preuve de compréhension et de compassion
car les autres n’étaient pas aussi privilégiés que moi.

Comment cela privilégié? Nous allons à la même école,
nous portons les mêmes beaux uniformes, et
nos professeurs nous traitent tous de la même façon …

Après tout, c’est vrai que je suis privilégié —
car moi j’ai deux mamans merveilleuses,
et toi, mon vieux, tu n’en a qu’une.

Ah, j’ai compris, tu m’as traité de bâtard
à cause de la couleur de ma peau,
parce que je suis un sang-mêlé?

C’est donc cela, tu te sens privilégié
par le fait que tu es blanc, et pas moi.

3. LE HIJAB.

Alors que mes copines françaises apprenaient les faits de la vie, la
sexualité entre autre, moi, j’écoutais notre imam parler de
l’importance de porter le hijab. Tandis que mes amies se prêtaient des
rouge à lèvres, on me montrait comment utiliser le crayon pour me
maquiller les yeux à la mode musulmane.

Je ne regarde plus les photos Instagram des célébrités, ni les
sites glamour. Je ne cherche même plus «l’homme de mes rêves”, car mon
futur mari sera choisi par mes parents, celui-ci devra, bien entendu,
être un bon musulman, et moi, par respect, je devrai porter le hijab.

Mais ce qui me chagrine le plus c’est lorsque je me regarde dans le
miroir, sachant que mes copines vont s’acheter de jolies choses en
ville, pour se faire belles.

J’ai lu que les féministes d’autrefois jetaient leurs soutien-gorge au
feu. Je suis fière d’être musulmane. Mais parfois, je rêve aussi de
brûler mon hijab.

Et parfois, je me sens honteuse.

4. QUESTION DE COULEUR.

Mes camarades de classe prétendent qu’ils “ne voient pas la couleur”
quand ils regardent les gens … et qu’ils ne sont pas racistes. Ils
font très attention à ne dénigrer personne, ne soulignant pas que les
Asiatiques ont les yeux en amande, que beaucoup d’Africains ont de
grosses lèvres, que certains Juifs ont des nez crochus ou que les
Noires américaines ont de larges hanches. Mais leur chauvinisme
transparaît dès qu’ils ont une cigarette américaine au bec, ou
lorsqu’ils évoquent les organes sexuels surdimensionnés, ou
prétendument tels, des Noirs, la sensualité des femmes asiatiques, ou
celle des latino-américaines, voire, lorsque, du coin de l’oeil, ils
jaugent la petite française boulotte aux cheveux blonds et aux yeux
clairs, assise au fond de la classe.

Ils ne voient pas la couleur ou la race, disent-ils. Et ainsi, ils ne
voient pas non plus mes traits, ni ma particularité de Vietnamien. En
fait, ils ne me voient pas du tout, car je suis d’un blanc cassé
qui est très différent du leur.

Les couples mixtes – femmes asiatiques et hommes blancs ou noirs –
sont aujourd’hui monnaie courante. Par contre, moi, le Vietnamien, je
sais qu’il me sera beaucoup plus difficile de trouver une femme
blanche qui ne cherchera, tout au plus, que mon amitié. Cela me rend
parfois triste.

5. LES ENNUIS.

Pourquoi ai-je toujours des ennuis à la maternelle ?

On nous a demandé ce que nous voulions être quand nous seront grands.
Jacques veut être policier, comme son père. Henri veut être pompier.
Marc veut être pilote, ou avocat. Omar veut être imam. Et Charlie veut
être officier de marine.

Charlie est mon meilleur ami à l’école, et nous jouons à la guerre
tout le temps. Je me suis senti fier de crier : «Et, moi, je veux être
soldat, … auprès d’ISIS !” Nous avons continué à discuter jusqu’à ce
qu’on nous dise d’aller jouer à l’extérieur. Tous, sauf pour moi. On
m’a conduit directement au commissariat, tandis que des policiers
armés fouillaient ma maison.

Pourquoi ai-je toujours des ennuis ? !!

6. LES ENFANTS VOUDRAIENT.

… Et les enfants des écoles du septième arrondissement voudraient:
que La France ressemble davantage aux les Etats-Unis d’Amérique!

Ils ont inscrit aux pieds de la statue gigantesque que nous leur avons
offerte les mots suivants: “Donnez-moi vos pauvres, ceux dont les
visages sont émaciés et qui ont les mains calleuses, donnez-moi tous
ceux, venus des quatre coins du monde, qui aspirent à la liberté.”

En France, nous avons beaucoup de gens qui sont pauvres, épuisés par
un travail harassant et qui aspirent à une plus grande liberté – ce
sont des gens de tous âges, races et religions.

Nous possédons en France deux modèles de la Statue de la Liberté. Mais
nous ne pouvons plus accueillir ces milliers de réfugiés qui frappent
à nos portes, ces victimes de guerres effroyables et ces chercheurs de
fortune, car nous avons de plus en plus de chômeurs ici-même.

Pourquoi sommes-nous si peu généreux?

Est-ce peut-être parce que nos deux statues, elles, sont de petite taille?

7. LES MENDIANTS.

Hier, j’ai demandé à mes parents pourquoi les Roumains dans les rues
de notre quartier ont toujours vécu dans la mendicité.

“Sont-ils des gens mauvais, maman?”

Elle m’a rassuré en m’expliquant qu’ils étaient tout simplement
pauvres et malheureux, et qu’ils sont venus en France pour avoir de
quoi pour manger.

Alors, j’ai fait du porte-à-porte dans notre copropriété, et j’ai pu
ainsi obtenir assez d’argent pour pouvoir acheter deux sacs remplis de
victuailles, sacs que j’ai remis à une femme roumaine assise au coin
de la rue, en face de la banque.

Elle a regardé le sac en ricanant, puis elle m’a harangué dans un
mauvais français: “… va-t-en, sale petit raciste, putain de France!
Je n’ai pas besoin de ton aumône. Je travaille comme une chienne afin
de pouvoir m’acheter une nouvelle bicoque”.

Et elle a jeté les sacs dans le caniveau.

Elle m’a appris que je n’étais pas quelqu’un de bien. Que j’étais en
fait, un raciste dans ma putain de France, qui dérangeait dans ses
affaires.

Maintenant, dès que je vois des mendiants, je marche de l’autre côté de la rue.

8. BOLERO MODERNE.

Les statues d’anges
tremblent de peur.
Les mères-courage pleurent secrètement —
Dès avant l’ouverture de l’école,
ces belles jeunes filles se contorsionnent
dans une danse perverse …
et effrontée.
Tandis que les bombes explosent,
les 72 vierges promises
jouent à cache-cache …
Le vacarme est tel qu’il les empêche
d’entendre la moindre mélodie.

 

… ET PLUS DES HISTOIRES COQUINES !

wtf

LETTRE D’UNE PROSTITUÉE À LA RETRAITE À SON TRAVAILLEUR SOCIAL.

Chère Madame Defarge,

Je me suis bien acclimatée à mon nouvel appartement de banlieue. J’ai été à la recherche de travail, ce qui est difficile … mais je reste optimiste car j’ai déjà travaillé dans les magasins (avant d’avoir abusé de mes cartes de crédit et de recourir à la prostitution). En attendant, je suis reconnaissant pour l’aide financière que votre bureau m’accorde.

J’évite de passer pour une prostituée, de peur d’être refoulée dans la vie quotidienne. Ici, tous les autres hommes que je vois dans la rue ou dans un café ressemblent à des proxénètes potentiels. Bien que j’essaie de m’habiller de façon conservatrice – a mes yeux, du moins – Je sens le regard des hommes, des femmes au foyer et Des vieilles mémés me scruter lorsque je les croise dans la rue. Celle-ci (les femmes) ont toujours un regard acide … celui qui trahit l’envie et la méfiance.

Ce n’est pas comme à Paris, où de nombreuses femmes se sentent libres de se comporter comme elles veulent, certaines faisant les salopes, mettant les machos et les féministes extrêmes à leur place. Ici, les hommes se permettent de lancer des propos salaces dans la rue. Et les femmes n’en font même pas un cas, tournant la tête pour me suivre des yeux. Je sens leurs regards brûlants derrière moi longtemps après les avoir dépassées.

Pas plus tard qu’hier, j’ai été approchée par un homme dans la mi-trentaine, alors que je marchais près d’un café non loin de mon appartement. De la façon dont il s’habillait, et dont il s’est approché de moi, je sentais qu’il était soit de la ville ou qu’il était de passage. Je tremblai un instant, et me mit à marcher plus vite, alors qu’il prétendait que nous nous étions rencontrés auparavant. Je l’ai détrompé, lui assurant que je ne l’avais jamais vu auparavant. Il a ensuite répondu, avec un éclair dans les yeux, qu’il pouvait se tromper, mais que j’avais l’air familier … qu’il m’aurait vu ailleurs. J’ai haussé les épaules et lui ai dit que je n’avais pas le temps de bavarder, et que je n’étais pas du tout intéressée par les hommes. (Plus tard, j’ai regretté ce mensonge car on aurait pu me croire lesbienne, et cela m’aurait certainement cause des ennuis, surtout ici où l’on n’ose pas vivre ses fantasmes.) J’ai poursuivi ma marche à grands pas, et, jetant des coups d’oeil furtifs en arrière, je mes suis aperçue que l’homme ne m’avait pas quitter des yeux.

Je voudrais que les gens cessent de poursuivre les paranoïaques que nous sommes. J’aimerais parfois me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre. C’est alors que vos sages paroles me reviennent à l’esprit: “Agissez selon votre conscience, et surtout, n’écoutez pas les imbéciles!”

Cordialement,
Amélie

LETTRE À JACQUES BREL.

Cher Jacques,

Félicitations ! Ta chanson “Ne me quitte pas” est devenue un succès énorme. Tu fais sentir ta douleur … en utilisant la veine ensorcellante de Maurice Ravel, comme dans son ” Boléro “, où tu gardes le même refrain et le même ton calme, mais la colère en plus, dans tes mots. Et tu te protèges d’une manière si poignante en me demandant à plusieurs reprises de ne pas te quitter, à en devenir fou de rage. Ta chanson nous ravit, mais en même temps, elle a plongé le poignard dans le coeur de notre conte de fées.

Si seulement tu n’étais pas si lâche. Pourquoi n’as-tu pas pu exprimer tes craintes et tes émotions dans la vie réelle, au lieu de me faire passer pour un citoyen banal ? Comme ta stupide maîtresse, qui a voulu exploiter ta gloire et ta réputation ? Tu sais que je ne me suis jamais soucié de telles choses. Je t’ai simplement aimé. Et toi, tu … tu as seulement été amoureux du romantisme, du simple fait ” d’être amoureux “. L’annonce de notre ” enfant d’amour ” s’est avérée trop pesante pour toi. J’ai aussi eu peur. Mais tu étais un enfant, jouant à être un homme. Ma fierté ne m’a pas permis de porter les ombres que tu décrivais dans ta chanson. Et comment oses-tu inclure mon chien adoré dans ta chanson pitoyable… ? ” Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre, l’ombre de ta main et l’ombre de ton chien. ”

Tu exprimes ta colère et ta confusion tout en me priant de ne pas te quitter. La vérité est que tu n’étais jamais complètement là dans notre relation d’amour. J’étais un jouet pour toi, un joyau à chérir dans le secret … mais tu ne m’as jamais vraiment aimée comme un homme devrait aimer une femme. Je sais que je dois sembler amère. En vérité, je ne le suis pas. Je me sens finalement libre de devenir la femme que je suis … libérée de cet homme immature qui me détruisait avec ses émotions toujours changeantes et extrêmes. Tant d’apitoiement sur soi-même, tant de colère et d’indifférence soudaine ! Non, notre ” enfant d’amour ” n’a aucune réalité et il n’existera jamais. J’aime ma chambre sans berceau. Pourquoi n’écrirais-tu pas une nouvelle chanson, Jacques ?: ” la chanson des vieux amants …” ?

Ne me quitte pas …
ne me quitte pas …
ne me quitte pas …
ne me quitte pas …

Assez !

Je ne t’ai jamais quitté … parce que je ne t’ai jamais eu.

Entendons-nous : tu ne me parles pas – et je ne te parle pas. C’est mieux comme ça. Tu peux maintenant écrire toutes les chansons que tu veux de notre amour perdu et devenir ainsi encore plus riche et plus célèbre.
Et je me contenterai d’épouser le plombier ou le charpentier.
Je pourrai alors chérir mes enfants, des enfants conçus avec amour.

J’aurais d’utiliser ce subjonctif que tu aimais tant, je regrette de ne pas y avoir pensé plus tôt!

Penses-y,
Zizou

PUTAIN.

1) Putain.

Titaina … celui qui craint les esprits …
n’est pas impressionné par les
français guindés et tirés à quatre épingles, ou par les
demis; pour elle ils sont les cavaliers de l’apocalypse;
elle n’est plus amoureuse de ses compatriotes,
qui vivent dans les taudis et travaillent pour l’homme blanc
comme domestiques, servant le dieu du matérialisme,
trahissent les traditions anciennes et
la religion de Lemuria.
Regardant autour d’elle,
Titaina observe les meutes de chiens errants
qu’elle voit fouiner dans les détritus des taudis de Tahiti;
elle croit reconnaître dans leurs gueules dégoulinantes de bave
et au fond de leur esprit les expressions vides de ces hommes perdus,
ces malandrins qui, pour un oui ou pour un non, battent leurs épouses,
puis violent leurs propres filles.
Ou celles de leurs voisins aussi mal lotis.
Certains attribuent ce comportement stupide et bestial
à leur penchant pour l’alcool et la marijuana.
Mais Titaina retrouve le même fléau
chaque fois qu’elle ouvre les coquilles divinatoires des moules:
‘Tahiti est devenue une “putain” –
tout comme Babylone, Rome, Héraklion, New York …
mais l’ère de la rédemption est proche –
même si elle s’est longtemps fait attendre.’
Les images de Moruroa – ‘ lieu du grand secret ‘ –
et les oblitérations de corail provoquées par El Niño
se reflètent dans le troisième oeil de Titaina;
les essais nucléaires, le désastre écologique, les cancers,
l’argent rapide survenu avec l’embourgeoisement et le tourisme,
la perte des traditions et de la spiritualité, la misère noire,
la pauvreté et le déséquilibre social;
tous les symptômes de l’enfer créé par l’homme blanc,
et transmis aux descendants naïfs de Lemuria et de l’Atlantide.
“Nous sommes tombés dans la fosse aux serpents !” a hurlé Titaina,
se précipitant sur le trottoir, poussant un cri vain,
sa voix assourdie par les aboiements des chiens.
A l’approche de ces meutes enragées,
Titaina brandit son poing dans leur direction,
et ramasse quelques pierres.
Les yeux rougis du chef de meute
brûlent comme des charbons ardents –
Titaina se met alors à hurler:
“Éloignez-vous, fils de pute –
je sais qui vous êtes,
gardiens de Cerbère –
vous vous déplacez six par six par six (666);
mais jamais vous ne vaincrez ces îles dorées.
Le paradis continue de vivre en chacun de nous et,
avec l’aide de Ta’aroa et de Vaite,
nous ressusciteront bientôt le vôtre.
Les chiens la regardent, à peine surpris,
tandis que des cris perçants de femmes se font entendre
depuis les taudis, battues qu’elles sont par
des saoûlards drogués, poursuivant leurs méfaits sans relâche.
Titaina se prépare à être assaillie et dévorée par la meute canine
“Faites de moi ce que vous voulez, mais gare –
je vous hanterai ainsi que vos maîtres diaboliques
jusqu’à ce que les eaux de la Grande Vague
viennent balayer vos péchés d’hommes modernes.
Je danserai sur vos os brisés
avec ma plus belle jupe d’herbe, balançant mes seins
fripés et pendants, je frapperai des pieds –
non pas pour le souvenir – mais dans
la ferme intention de transformer le mal que vous représentez
en création fructueuse. Arrêtez vos méfaits, ou alors allez au diable!
Et emportez dans la tourmente vos maîtres,
ces Voleurs de grand chemin.
Nous ne voulons pas, ni n’avons besoin de vos
hôtels de luxe, de votre tourisme malfaisant, de vos offres de travail
concoctées après vos explosions atomiques et
la destruction de l’environnement … après avoir perverti nos traditions
et parodié notre culture dans le seul but de pallier vos désillusions
en ce qui concerne cette foi que vous avez perdue, et votre sexualité
malade – maintenant réduites à une interprétation faussée des règles,
et dont les transgressions perverses ont fait le nid
de la Nouvelle Prostitution.
Allez-y: piétinez mon vieux corps ratatiné, baisez ma chatte
desséchée et faites couler votre bave lascive sur moi
– mais vous ne posséderez jamais mon âme,
ni celles de mes ancêtres.
Votre arrogance irrite les dieux;
et votre piété neutralisera les déséquilibres
que vous avez créés et que mes compatriotes ont acceptés –
fruits de l’impuissance, de l’avarice et de la curiosité naïve.
Je ne suis plus curieuse de vous; plus effrayée,
et plus honteuse non plus de qui je suis.
Je suis Ta’aroa … Je suis Vaite.
Baisez-moi, et vous serez baisés!”
Le chef de la meute fixe
les yeux durcis de la vieille Titaina,
et se rétracte, soufflant à ses copains:
“Laissez-la; ce n’est qu’une vieille chienne,
qui ne sait même plus comment nous craindre
elle n’est que viande gâtée,
et n’en vaut plus la peine.”
Et sur ces mots, les autres se retirent –
attirés par d’autres bruits et les aboiements du voisinage –
tandis que le chef clopine, hésitant encore, avec l’espoir que personne
n’ait remarqué la larme solitaire logée dans son oeil gauche.

2) Putain (2ème Partie).

Titaina …
putain à la retraite.
Elle pleure tout doucement,
les bras croisés
sur sa poitrine,
et se balance,
assise à même le trottoir;
priant les dieux
qu’il pleuve –
qu’ils lui ôtent la douleur
de la réalité,
tout en invoquant
Pangea Ultima en secret:
cette berceuse purificatrice
qui, se faisant si rare,
permet à l’humanité,
une fois encore, d’enfourcher
un autre cheval sur
l’implacable carrousel.

3) Putain (3ème Partie).

Aujourd’hui, Titaina
reçoit les siens
avec une élégance effacée;
tout comme les parisiennes cultivées
dont elle a tellement entendu parler
lorsqu’elle était encore une jeune adulte.
C’est le jour d’après, et
les indiscrétions d’hier sont pardonnées,
sinon oubliées.
Après tout, nous avons tous nos démons;
nos secrets, qui nous terrifient et nous tentent
nous tous et ceux
qui se laissent aspirer dans notre vertige.
Le meilleur dans cette panne mentale
en Polynésie française est
l’inévitable suspension du temps –
la grande vague aigue-marine de gentillesse –
celle qui apaise la folie en nous
et restitue la sérénité; Prozac naturel
nous berçant dans l’éloquente indifférence:
“C’est la vie! Donc tout n’est pas si mauvais.”

VAHINÉ DE BORA BORA (mon amour secret).

J’ai un amour secret:
aussi mystérieux que le récif de corail,
et aussi doux que le parfum de l’huile de coco
mêlé aux fleurs de tiare.
Nous n’avons jamais parlé,
mais nous sentons instinctivement
les caresses maladroitement cachées
sous nos regards volés
et nos rires étouffés.
J’ai un amour secret …
qui ne peut être possédé.
Elle est un objet de beauté,
que l’on admire à distance
et à qui on fait l’amour en rêve.
Je ne suis pour elle qu’un point de curiosité,
et l’une des mille images s’immiscant
dans ses rituels et ses danses.
Je ne peux que la regarder fixement
admirer la sensualité de ses courbes,
de sa souplesse féline
qui m’envoûtent
et me tiennent en otage.
J’ai un amour secret:
dans mes rêves
elle est ma vahiné …

UNE AUTRE AMÉRIQUE.

Peu d’Américains savent
que le visage de Miss Liberty
est celui de la mère d’un Français.
Comme les foules d’immigrants qui
délaissèrent le vieux monde
pour le nouveau,
nous aussi, nous considérons
ce choix merveilleux
à travers un regard quelque peu enfantin :
“Voleur de bétail, gigolo, banquier,
présentateur de télé, flic, pédé, punk ;
clocharde, nouveau-né bâtard,
agent de change,
ramoneur, médecin, avocat,
plombier, ivrogne.”
Oui, Oh Amérique, nos yeux sont
tous rivés sur toi …
avec la tarte aux pommes de maman
qui attend, encore fumante, sur la table
de la kitchenette,
et la jolie voisine à nos côtés.
Une nation, qui croit en Dieu,
jusqu’à notre dernier dollar
si péniblement gagné.
“Attention au précipice …
un dos brisé est si dur à réparer !”
Mais les fils de Genet sont
on ne peut plus reconnaissants
à ceux qui — deux sur mille –
traversent fréquemment les océans
et qui rêvent …
d’une autre Amérique.

JEUX D’EAU.

jeux d’eau :
dégel du printemps :
gouttes d’eau,
parfois en cascades …
beau á regarder.
et pourtant fascinant de voir
comment ces jeux d’eau
peuvent á la fois
donner une nouvelle vie,
et nous soutenir …
mais quelque fois aussi détruire
beaucoup de ce qui est
naturel et artificiel.

TRAVESTI.

Tu sais que je t’ai à peine reconnu
cet après-midi dans tes habits masculins !
Ton déguisement était si parfait
que tu as le temps de t’asseoir
avant même que je ne puisse m’enfuir.
Tu m’as à la fois surpris et intrigué
lorsque tu t’es plaint de ce que
le temps soit si long — car
souvent j’ai envié, voire méprisé
ta liberté et ton sens capricieux
de la réalité.
C’est drôle comme …
toutes ces années …
Je t’ai pris pour un fou.
Mais à présent que nous partageons
le même désenchantement,
a propos de nos attentes
et du temps qui passe,
Je me reconnais en toi.

adambiceps

DIX POÈMES EROTIQUES.

1.

j’ai attendu pendant quinze ans.
je n’ai pas été célibataire
et je n’ai pas été seul
ou solitaire.
mais j’ai attendu ce moment
pendant longtemps.

tout ce temps,
j’ai dîné sur rien de plus que
mes fantasmes et
les rêves —
de toi et moi.

et maintenant,
je suis affamé …

oui, affamé
comme un loup.

2.

Monsieur,

Je ne peux vous promettre
que je serai capable
de garder mes mains, ma bouche
ni aucun membre,
ni le reste de mon corps
hors de votre portée –
quand nous nous rencontrerons
enfin à nouveau …
après toutes ces années;
après ces années de rêve,
où j’ai revécu, fantasmé
des moments qui auraient pu être …
Nous n’avons jamais vraiment été seuls
l’un envers l’autre, sauf dans
ces rêves et ces fantasmes.
Je vous ai fait mien tant de fois;
dans la perfection et l’imperfection.
Je ne peux éteindre le feu, l’attraction,
la fascination de la séduction, en dépit de
la fatalité que cela ne puisse être.
Je n’ai cure que vous ayez une relation
avec quelque autre partenaire,
épouse, mari, cocu … que ce soit.
Je sais que mon inextinguible, inassouvie,
passion pour l’aventure d’un moment ensemble
avec vous, peut être un moment éternel,
sans commencement ni fin.
Il y a tellement de choses à dire,
tant de façons de faire l’amour,
tant de silence partagé, à savourer …
et mes roses affamées de soleil
cette envie d’être fécondé par votre sperme.
Je brûle de redécouvrir le lagon bleu
voguant sur ma lente chaloupe,
pénétrant votre grotte majestueuse
avec cette fougue, cette envie irrésisitible
qui est pure poésie de la chair.

Vous savez bien à qui j’adresse cette supplique.

A vous, bien entendu …

3.

parfois,
je trébuche sur les sentiers battus.
et c’est dans ces moments-là que
je ressens un pincement de solitude.
le doux parfum d’abandon sexuel
est dans ces moments
surchargé d’une odeur.
oui, une odeur immonde
l’odeur de l’attachement …
l’échec de l’amour affectif
et le désir d’emprisonner ce désir.
dans nos fantasmes,
nous sommes toujours
forcés de porter des masques :
prophylactiques
pour nous protéger
à la fois des racines noueuses
qui sont toujours
prêtes à piéger
le vagabond maladroit
qui pense qu’il est amoureux
d’un autre.
dans ces moments-là,
qu’elle est longue la marche,
c’est l’enfer existentiel.
dans ces moments-là,
je rêve d’une chose :
me perdre dans
le confort de l’amour
sans visage,
sans obligation.
et dans ces rêves,
nous sommes vraiment libres …
libre d’aimer.

4.

ciel couvert, couleur crème
épais comme le yaourt,
qui me rappelle
toi … et moi …
et aussi …
tu sais quoi …

5.

Si douces
sont tes promesses suggérées.
Mon étranger.
Mon inaccessible
moment de passion.
Tu me cajoles ;
tu me rejettes.
Nous ne pouvons
nous posséder
que dans des rêves fugitifs :
tous deux si différents
si totalement autres
et pourtant …
si merveilleusement
en harmonie.
L’implacable fantasme
est plus que la somme
des parts de réalité.
Je te vois partout ;
dans les pas des étrangers …
dans mes souvenirs.
Glissant depuis la taille,
lentement, jusqu’aux orteils
puis, avec la violence d’un éclair
l’on remonte, tout en haut,
pour ensuite
découvrir ton visage
insignifiant.
Mon étranger.
Ma passion.
Mon étranger …
Si doux.

6.

Insinuations lubriques murmurées
dans l’espace enfumé des bars
qui excitent les gonades
et font croire à des promesses
mots doux et traîtres à la fois.
Les effluves de corps en sueur
se mêlent aux parfums
des Grands Magasins
comme l’eau et l’huile,
le cuir et la soie –
éléments hétéroclites,
qui s’attirent cependant
comme par magnétisme.
Eh oui …
j’aime cette manière que tu as
de mentir en prenant des poses,
en attachant mes poignets et mon sexe ;
en me forçant à m’agenouiller ;
exigence d’une totale soumission.
Dans cet air étouffant, nous entamons
le ballet sensuel des flirts anonymes,
tu détournes ton regard ;
je plonge le mien dans mon cocktail,
tu commences alors à scruter,
lentement, mon torse et ma taille.
J’acquiesce en souriant, et toi
tu t’éloignes, car j’ai enfreint
les règles du jeu,
trop pressé de remplacer
mes fantasmes par la réalité,
invitant par là le danger.
Tu me regardes mais feins l’indifférence
et je m’en vais avec quelqu’un d’autre
deux heures plus tard.
Moi, épuisé,
la tête fourmillant d’images lubriques,
j’investis, écoeuré et rageur,
les entrailles d’un quidam.

7.

notre danse est un rituel ;
une obsession insensée
entre deux papillons de nuit
jouant avec le feu.
ni chaînes, ni fouet.
juste une attache …
et les douces conséquences
de la lame tranchante d’un sabre.

8.

désir.
nous qui enfreignons les limites
de la vie, de la santé
devons embrasser l’amour
et la passion
avec un esprit … révolutionnaire.

9.

chut !
ne parlez pas.
Écoutez les sons
de nos orgasmes –
qui se dissipent.

quiet !
ne bougez pas.
Sentez-vous les flots
de sueur
sur nos corps ?

quelle magie !
quel délice !
Et maintenant,
peut-on se parler
franchement ?

s’il te plaît,
ne m’abandonne pas.
Embrasse-moi.
Et nous prolongeons ce moment …
à l’infini.

adamglow

(Merci à Albert Russo pour son aide éditoriale!)

… tes promesses suggérées.

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Si douces
sont tes promesses suggérées.
Mon étranger.
Mon inaccessible
moment de passion.
Tu me cajoles ;
tu me rejettes.
Nous ne pouvons
nous posséder
que dans des rêves fugitifs :
tous deux si différents
si totalement autres
et pourtant …
si merveilleusement
en harmonie.
L’implacable fantasme
est plus que la somme
des parts de réalité.
Je te vois partout ;
dans les pas des étrangers …
dans mes souvenirs.
Glissant depuis la taille,
lentement, jusqu’aux orteils
puis, avec la violence d’un éclair
l’on remonte, tout en haut,
pour ensuite
découvrir ton visage
insignifiant.
Mon étranger.
Ma passion.
Mon étranger …
Si doux.

Treat yourself or someone you love to two great reads …

“Under the Shirttails of Albert Russo” modernizes the concept of the biography away from Boswellian “every ladder rung is vital” structure, and straight to “the good and meaningful stuff — that defines who a person is … and why.”

BOOK DESCRIPTION:

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With laser-like precision, Adam Donaldson Powell bores into Albert Russo’s psyche, while in parallel he analyzes the work of a lifetime. But more often than not, there is a process of cross-fertilization, whether it is clearly identified or on the sidelines. He interviews his subject, not always in a linear fashion, scanning the latter’s important stages of life: there is first Central, Eastern – the former Belgian Congo (now, DRCongo), Ruanda-Urundi (now, the two countries of Rwanda and Burundi) and Southern Africa – Rhodesia (now Zimbabwe) and South Africa, where the author was raised, completing high school at the Interracial Athénée of Usumbura (now Bujumbura), studying with European, Congolese, Hutu, Tutsi, Asian and American classmates, both in French and in English (he also went to an all-boys’ school in Salisbury, now called Harare). We then find him in the Big Apple at the age of seventeen, attending New York University, after which, he pursues his studies in German at the Collegium Platinum in Heidelberg. The subject is asked very intimate questions about his private life, with which he is faced for the first time. And he reveals facts he never thought could one day be thrust into the open. But still, he complies, candidly. Mr. Powell illustrates with excerpts of the author’s novels, poems and short stories, which are all either clearly or subconsciously related to Albert Russo’s life, as well as photos, letters and book reviews from Albert Russo’s personal archives. Mentioned are his AFRICAN QUATUOR, the collected poems in the CROWDED WORLD OF SOLITUDE, volume two, his collected stories and essays in the CROWDED WORLD OF SOLITUDE, volume one, and finally, his GOSH ZAPINETTE! series, of which David Alexander writes: “… Be warned, Zapinette’s gems of insouciant wit tend to become infectious. This wise-child’s deceptively worldly innocence takes the entire gamut of human endeavor in its compass. Hardly anyone or anything escapes unscathed. Michael Jackson,Vittorio de Sica, Freddy Mercury, Mao Zedong, Bill and Hill, the Pope, Fidel Castro, and even Jesus of Nazareth all come under Zapinette’s delightfully zany fire as she “zaps” from topic to topic in an irrepressible flux. As the century of the double zeros is with us, we have seen the future and the future is sham. As a healthy dose of counter-sham, Zapinette should be on every brain-functional person’s reading list.” After America, the subject moves to Northern Italy where he will reside nine years, then to Brussels. He spends half of his life in Paris, France, before finally settling in Tel Aviv Israel. When asked what his roots are, he replies that he is a humanist born in Africa, with his virtual roots being the languages which he speaks: English, French, Italian, Spanish, German, vernacular Swahili, as well as those he can only read: Portuguese and Dutch. He will soon add Hebrew. Those cherished languages are much more than forms of speech, they are his planet, from which he extracts much of the sap of his writing. So, don’t be shy. Get Under the Shirttails of Albert Russo. See order details HERE!

originals of letters + journals re AR 1

DO WATCH ‪”The Age of the Pearl”, extracted from my new biography “Under the Shirttails of Albert Russo”

READER COMMENTS … regarding UNDER THE SHIRTTAILS of ALBERT RUSSO:

UNDER THE SHIRTTAILS of ALBERT RUSSO ‘can perhaps be likened to skipping a small rock across a pond – creating ripples and reverberations which both reflect the greater omnipotence of the water and temporarily alter its periphery and identity.’ Such is Adam Donaldson Powell the master weaver behind the literary tapestry that is the life & times with a view into poems, novels and picture gallery of one brilliant international award-winning multilingual poet, novelist, essayist, historian and photographer – Albert Russo – a man with a claim to no country yet a citizen of many soils – in his sensitively scripted yet profoundly penetrating work unveiled as ‘an alternative biography’.

— Jeanette Skirvin

This biography crowns five decades of my father’s very prolific writing. Both my brother Alex and myself are immensely proud of our father’s literary achievement. From his very deep insights on the history of Africa, to the birth and struggles of the Israeli state, his poems and immensely entertaining short stories, humorous novels for teenagers, short stories covering the complexities of human nature, there isn’t one topic that my father hasn’t masterfully addressed in his writings.

— Tatiana Russo

We have the pleasure to see all the beauties of literature, poetry and photography of Albert Russo in Adam Donaldson Powell’s brilliant and memorable book “Under the Shirttails of Albert Russo”. Russo’s profound and well-ordered imagination helps him to create great works of literature. Russo never writes his great poems and novels according to any mechanic rule. He has perfected his writings due to “the existential qualm for which my heritage is responsible: Africa, Judaism and Italy. They exist and coexist in cycles, in a fashion so inchoate that I am never quite sure which will take the upper hand.” Powell, the immortal poet famous for his classic “Three-legged Waltz”, points out that Russo “began life as an outsider; the offspring of refugees to Africa from Nazi and fascist persecution then became an outcast via his self-proclaimed ‘gaytude’.” No doubt, this fact has provided the perfection of tone in all his creative endeavors, and this will certainly entice all readers. The true essence of Russo’s writings and photography is revealed by Powell in this unique book. Adam Donaldson Powell’s latest powerful book “Under the Shirttails of Albert Russo” is a tour de force in biography and literary criticism.

— Dr. Santosh Kumar, Editor, Cyberwit.net

​To avoid any doubts or confusion, this book by Adam Donaldson Powell is NOT just a biography of the life of Albert Russo, nor is it a synoptic overview of his massive and prolific collection of works of prose, poetry, and photography. This book is something far more than either of these literary vehicles could ever be. Through literally decades of conversations, correspondence, and collaboration between these two very talented authors/artists, Adam Powell gives us a glimpse into not only the very diverse heritage and globe-trotting life and experiences of Albert Russo, but also a glimpse into his very psyche and incredible intellect. In other words, this book lays bare for the world to see what makes Albert Russo one of the few true renaissance men of our times. Russo’s collection of works bridges gulfs of heritage, culture, philosophy, and more – often with more than a hint of his sometimes quirky and off-beat sense of humor. For anyone who has ever read and enjoyed ANY of Russo’s works, this book is a must-read to fully understand the man behind the true art of his words, ideas, and imagery.

​– J. Richard Davis, B.A., J.D.

 

Adam Donaldson Powell, author

 

 

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Review of Adam Donaldson Powell’s book “Entre Nous et Eux”, by C. Richard Mathews, USA.

Adam Donaldson Powell’s new collection of works, Entre Nous et Eux, displays his multiple talents and concerns in a series of brilliant and engaging pieces. Powell is an activist, essayist, fiction writer, visual artist, poet, who writes in four languages, though English is the predominant one in this volume and an inability to read French, Norwegian or Spanish will not detract from a reader’s understanding and appreciation of any of the pieces.

The book is divided into four sections: poetry, a novella titled “Entre Nous”, a short story titled “Death Poem” and another, longer novella called “The Stalker”. While the works deal with many themes, the overriding one for this reader was the issue of how societal and political forces affect — often adversely — an individual’s development, sometimes to the point that she or he does not or cannot understand or accept who she/he is. A major factor in this, it is suggested, is the inability of others in her/his family and in greater society to respect and accept a person’s differences (the “other”).

The book begins with Powell’s great strength: his poetry. Interestingly, in the three works of fiction poems appear as well. In both the stand-alone poetry and the fiction, poems allow Powell to focus the reader’s attention immediately on his themes and concerns. The first group of poems involves children in a presumably Western European (Parisian?) context and their shock at how the world interacts with their innocence: a child playing hopscotch confronting a pedophile, a young girl taunted because she has “two mothers”, a young hijab-wearing Muslim girl also subject to jibes, problems for a child of “color”, a presumably Muslim boy’s trauma at the hands of police after talking of ISIS, the treatment of gypsies and their plight and ostracism, the shock of exploding bombs in an unnamed war zone.

Although much of the poetry deals with “social issues” in one sense or the other, there are purely lyrical moments as well, such as the poem “Jeux d’Eau”.

At a number of points the issue of suicide is introduced: the inability of the characters to accept themselves or others’ perceptions of them. Thus, in the first novella, “Entre Nous.”, a friend of one of the main characters dies of an overdose (deliberate?) days after they’ve had sex with each other. And the beautiful short story “Death Poem”, concerning two young Japanese men, involves the presumed suicide of a father over his son’s homosexuality, and the son’s own subsequent suicide himself. As noted above, the use of poetry, and references to poetry, permeate Powell’s fiction writing and in this moving story he introduces us to a specific Japanese form of poetry relevant to the taking of one’s life.

Both novellas involve casts of characters that are followed through some years of their lives. “Entre Nous.” is presented partially in an epistolary form. The story involves the interaction of several gay friends and various sexual escapades in a number of Western cities — Paris, London, New York — that the author is obviously familiar with. As in some of the poetry, especially the collection of interlocking erotic poems “tu sais je vais….t’enculer (love letters)”, the writing about sex is explicitly detailed, a means for the author to “épater la bourgeoisie” in the mode of Baudelaire, Rimbaud, Genet and other French writers. Their cumulative effect is, ultimately, powerful and meaningful. These passages are part of his subtle analysis throughout of various types of love and physical and emotional attraction.

The second, longer novella, “The Stalker”, concerns a young woman and her lover, a transgender man who, at one point discovers that he may be “a lesbian in a man’s body” (294). The overriding theme is one of identity — despite society’s pressures, finding it or creating it and then having the flexibility to change it or allow it to modulate as circumstances and feelings may urge or dictate.

The reader should not miss the great amount of humor and wit, and pure literary pleasure, in Powell’s writing which, as in Proust, may be overlooked if one focuses merely on “the story line” or themes. Be ready for a wonderful turn-of-phrase, or the startling juxtaposition of images. For example, in “Une Lettre d’Une Prostitue…” the letter writer states, “J’aimerais parfois me mettre dans le peau de quelqun d’autre…” Or, “mots doux et traitres a la fois…” (37). Or: “lips part revealing your lizard tongue” (63). Or: “blood-red sugary tension of domestic rape” (55). Or: “the relentless fantasy is more than the sum of reality’s individual parts”. (78)

Especially delightful are the “echoes” one finds between different parts of the works through the use of literary devices similar to Wagner’s leitmotifs. Thus, there is a reference early in “Entre Nous.” to Donald O’Connor and Marilyn Monroe singing “a man chases a girl (until she catches him)” and then much later the reader comes upon a scene of Karol/Mariusz showing his poetry to a closeted priest in which he has written “I delight in chasing straight boys until they catch me” (172).

It should be noted that in both his poetry and fiction Powell’s writing style is clear and precise without being pedestrian or boring. It is a style that is able to draw in and engage the reader quietly and without showiness, leaving one with a sense of pleasure, even when the subjects at hand are very serious ones.

Powell’s book is highly recommended for its many pure literary pleasures but also for its profound insights into aspects of modern life that are often obfuscated or ignored by other writers and media in our contemporary world oversaturated with often meaningless written and visual distractions.

C. Richard Mathews
New York-based art historian, writer and attorney

Recension du recueil ‘Entre Nous et Eux’ de Adam Donaldson Powell,

Le nouveau recueil de Adam Donaldson Powell intitulé Entre Nous et Eux reflète les talents multiples de l’auteur et comprend une série de textes aussi brillants que jubilatoires. Powell, l’activiste, est à la fois écrivain, poète, essayiste, peintre et photographe.  En outre, il écrit en anglais, sa langue maternelle, mais également en français, en norvégien et en espagnol.  Le lecteur découvrira dans ce volume des textes dans ces quatre langues, ce qui, dans notre monde hyper-connecté est encore une rareté, mais en même temps une grande richesse.

Ce volume est divisé en quatre parties: Poésie, une nouvelle intitulée “Death Poem”, et deux courts romans portant les titres suivants: “Entre Nous” et “The Stalker”.

Alors que ces textes évoquent de nombreux thèmes, le fil conducteur est celui des effets de la société et de la politique sur le développement de l’individu, au point où celui-ci ne comprend plus ou n’accepte tout simplement pas qui il est ou ce qu’il risque de devenir.  L’auteur suggère que les autres, c’est-à-dire, sa famille ou la société dans laquelle il évolue, est inapte à respecter, voire à accepter sa différence.

Le livre a pour prémices la poésie de Powell, poésie dans laquelle il excelle. Ses textes de fiction sont eux aussi parsemés de poèmes, plus ou moins longs. Les premiers poèmes traitent de l’enfance ayant pour cadre une capitale européenne, qui pourrait être Paris.  Et des conséquences, insidieuses ou cruelles, que le monde alentour peut avoir sur eux. Voyez cette gosse jouant à la marelle et qui s’éloigne précautionneusement d’un pédophile, cette autre que l’on moque parce qu’elle a ‘deux mères’, ou cette jeune musulmane malmenée à cause du hijab qu’elle porte. Que dire aussi de ce garçon basané que la police menotte dès qu’il prononce le mot Daesch, du traitement odieux que subissent les gitans, de leur ostracisme. L’auteur évoque également le choc que produisent les bombes explosant dans des zones de guerre.

Tandis que nombreux sont les poèmes traitant de problèmes de société, ils possèdent tous cette touche lyrique si propre à Powell. ‘Jeux d’Eau’ en est un parfait exemple.

La problématique du suicide apparaît ci et là: certains personnages ont du mal à s’accepter, d’autant plus lorsque leur entourage les rejette.

Ainsi, dans le premier roman, ‘Entre Nous’, l’ami de l’un des protagonistes meurt à la suite d’une overdose (peut-être délibérément), quelques jours après que les deux ont fait l’amour ensemble.

Dans la magnifique nouvelle ‘Death Poem’, qui met en scène deux jeunes hommes japonais, le père de l’un d’eux se suicide, apparemment à cause de l’homosexualité de son fils, lequel à son tour met fin à ses jours. Que ce soit dans ses textes de fiction ou dans sa poésie, Powell évoque le suicide en utilisant des éléments particuliers de la poésie japonaise. Y percevrait-on l’ombre de Mishima ?

Les deux romans mettent en scène des protagonistes sur des tranches de vie. ‘Entre Nous’ est raconté en partie sous forme épistolaire. On y parle d’amis gays, de leur interaction, de leurs expériences sexuelles vécues dans certaines grandes villes occidentales, telles que Paris, Londres ou New York, villes que l’auteur connaît bien. Powell, n’ayant pas froid aux yeux, n’hésite pas à écrire des ‘lettres d’amour’ contenant des mots crus, comme par exemple: “tu sais je vais….t’enculer”. Et cela pour ‘épater la galerie’, à l’instar de Baudelaire, Rimbaud, Verlaine – qui, à l’époque écrivaient sous des pseudonymes -, Genet, ainsi que d’autres écrivains français. Mais là, il ne s’agit pas uniquement de subterfuges, ces vers érotiques, voire pornographiques, participent de l’analyse subtile de ce qui constitue l’amour pluriel, qu’il s’agisse de la simple attraction physique et/ou des émotions qui peuvent en découler.

Le second roman, ‘The Stalker’, qui est plus long que l’autre, est l’histoire d’une jeune femme et de son amant, un homme trans-genre, qui se demande s’il peut être “une lesbienne dans le corps d’un homme”. Le thème principal ici est celui de l’identité qui, envers et contre tout, tente de s’affirmer et de trouver un équilibre.

Malgré la gravité des sujets abordés, le lecteur pourra apprécier, tout au long du volume, la veine humoristique et spirituelle de l’auteur, à l’instar d’un Proust qui se ‘moque’ gentiment de certains de ses personnages. Powell joue avec les mots et s’amuse à juxtaposer des images, comme dans ‘La lettre d’une prostituée’, où l’auteur écrit: “J’aimerais parfois me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre…”, ou encore, “mots doux et traitres à la fois…”. D’autres  exemples me viennent à l’esprit, tels que “lips part revealing your lizard tongue” , ”blood-red sugary tension of domestic rape”, ou encore, ”the relentless fantasy is more than the sum of reality’s individual parts”.

L’on trouve des passages particulièrement jouissifs tout au long de cette oeuvre si singulière, rappelant les leitmotifs de Wagner. L’un des personnages écoute un ancien vinyle de Donald O’Connor et de Marilyn Monroe chantant “a man chases a girl (until she catches him)”. Plus loin, il y a une scène dans laquelle Karol/Mariusz montre l’un de ses poèmes à un prêtre, où il écrit: “I delight in chasing straight boys until they catch me”.

Dans ce livre, qu’il s’agisse de poésie ou de prose, le style est clair, précis, et à la fois engageant, sans jamais être pompeux, même lorsque l’auteur traite de sujets graves.

Cette oeuvre mérite d’être lue pour diverses raisons. D’abord pour la belle phrase, un plaisir purement littéraire, ensuite parce que Powell aborde ici des thèmes de notre société contemporaine qui souvent sont, soit ignorés par d’autres écrivains et les média, soit négligés en raison de la quantité phénoménale de distractions vaines, aussi bien pseudo-littéraires que visuelles, que l’on nous bombarde quotidiennement.

C. Richard Mathews, historien de l’art, écrivain et avocat new yorkais

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