It’s a dog’s world.

Eon2012

puppy at french cafe in oslo

PUTAIN.

Putain.

Titaina … celui qui craint les esprits …
n’est pas impressionné par les
français guindés et tirés à quatre épingles, ou par les
demis; pour elle ils sont les cavaliers de l’apocalypse;
elle n’est plus amoureuse de ses compatriotes,
qui vivent dans les taudis et travaillent pour l’homme blanc
comme domestiques, servant le dieu du matérialisme,
trahissent les traditions anciennes et
la religion de Lemuria.
Regardant autour d’elle,
Titaina observe les meutes de chiens errants
qu’elle voit fouiner dans les détritus des taudis de Tahiti;
elle croit reconnaître dans leurs gueules dégoulinantes de bave
et au fond de leur esprit les expressions vides de ces hommes perdus,
ces malandrins qui, pour un oui ou pour un non, battent leurs épouses,
puis violent leurs propres filles.
Ou celles de leurs voisins aussi mal lotis.
Certains attribuent ce comportement stupide et bestial
à leur penchant pour l’alcool et la marijuana.
Mais Titaina retrouve le même fléau
chaque fois qu’elle ouvre les coquilles divinatoires des moules:
‘Tahiti est devenue une “putain” –
tout comme Babylone, Rome, Héraklion, New York …
mais l’ère de la rédemption est proche –
même si elle s’est longtemps fait attendre.’
Les images de Moruroa – ‘ lieu du grand secret ‘ –
et les oblitérations de corail provoquées par El Niño
se reflètent dans le troisième oeil de Titaina;
les essais nucléaires, le désastre écologique, les cancers,
l’argent rapide survenu avec l’embourgeoisement et le tourisme,
la perte des traditions et de la spiritualité, la misère noire,
la pauvreté et le déséquilibre social;
tous les symptômes de l’enfer créé par l’homme blanc,
et transmis aux descendants naïfs de Lemuria et de l’Atlantide.
“Nous sommes tombés dans la fosse aux serpents !” a hurlé Titaina,
se précipitant sur le trottoir, poussant un cri vain,
sa voix assourdie par les aboiements des chiens.
A l’approche de ces meutes enragées,
Titaina brandit son poing dans leur direction,
et ramasse quelques pierres.
Les yeux rougis du chef de meute
brûlent comme des charbons ardents –
Titaina se met alors à hurler:
“Éloignez-vous, fils de pute –
je sais qui vous êtes,
gardiens de Cerbère –
vous vous déplacez six par six par six (666);
mais jamais vous ne vaincrez ces îles dorées.
Le paradis continue de vivre en chacun de nous et,
avec l’aide de Ta’aroa et de Vaite,
nous ressusciteront bientôt le vôtre.
Les chiens la regardent, à peine surpris,
tandis que des cris perçants de femmes se font entendre
depuis les taudis, battues qu’elles sont par
des saoûlards drogués, poursuivant leurs méfaits sans relâche.
Titaina se prépare à être assaillie et dévorée par la meute canine
“Faites de moi ce que vous voulez, mais gare –
je vous hanterai ainsi que vos maîtres diaboliques
jusqu’à ce que les eaux de la Grande Vague
viennent balayer vos péchés d’hommes modernes.
Je danserai sur vos os brisés
avec ma plus belle jupe d’herbe, balançant mes seins
fripés et pendants, je frapperai des pieds –
non pas pour le souvenir – mais dans
la ferme intention de transformer le mal que vous représentez
en création fructueuse. Arrêtez vos méfaits, ou alors allez au diable!
Et emportez dans la tourmente vos maîtres,
ces Voleurs de grand chemin.
Nous ne voulons pas, ni n’avons besoin de vos
hôtels de luxe, de votre tourisme malfaisant, de vos offres de travail
concoctées après vos explosions atomiques et
la destruction de l’environnement … après avoir perverti nos traditions
et parodié notre culture dans le seul but de pallier vos désillusions
en ce qui concerne cette foi que vous avez perdue, et votre sexualité
malade – maintenant réduites à une interprétation faussée des règles,
et dont les transgressions perverses ont fait le nid
de la Nouvelle Prostitution.
Allez-y: piétinez mon vieux corps ratatiné, baisez ma chatte
desséchée et faites couler votre bave lascive sur moi
– mais vous ne posséderez jamais mon âme,
ni celles de mes ancêtres.
Votre arrogance irrite les dieux;
et votre piété neutralisera les déséquilibres
que vous avez créés et que mes compatriotes ont acceptés –
fruits de l’impuissance, de l’avarice et de la curiosité naïve.
Je ne suis plus curieuse de vous; plus effrayée,
et plus honteuse non plus de qui je suis.
Je suis Ta’aroa … Je suis Vaite.
Baisez-moi, et vous serez baisés!”
Le chef de la meute fixe
les yeux durcis de la vieille Titaina,
et se rétracte, soufflant à ses copains:
“Laissez-la; ce n’est qu’une vieille chienne,
qui ne sait même plus comment nous craindre
elle n’est que viande gâtée,
et n’en vaut plus la peine.”
Et sur ces mots, les autres se retirent –
attirés par d’autres bruits et les aboiements du voisinage –
tandis que le chef clopine, hésitant encore, avec l’espoir que personne
n’ait remarqué la larme solitaire logée dans son oeil gauche.

– Adam Donaldson Powell.

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