
Poรจmes gays รฉcrit par : Adam Donaldson Powell
La poรฉsie est merveilleuse … mais la vraie poรฉsie se trouve dans la vie quotidienne. Malheureusement, le plus souvent, seul le poรจte peut la comprendre.
– Adam Donaldson Powell, GAYTUDE (2009)
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โฆ il faut รชtre absolument moderne!
โ Arthur Rimbaud, ยซ Une saison en enfer ยป

MON รTRANGER โฆ SI DOUX.
Si douces
sont tes promesses suggรฉrรฉes.
Mon รฉtranger.
Mon inaccessible
moment de passion.
Tu me cajoles ;
tu me rejettes.
Nous ne pouvons
nous possรฉder
que dans des rรชves fugitifs :
tous deux si diffรฉrents
si totalement autres
et pourtant โฆ
si merveilleusement
en harmonie.
Lโimplacable fantasme
est plus que la somme
des parts de rรฉalitรฉ.
Je te vois partout ;
dans les pas des รฉtrangers โฆ
dans mes souvenirs.
Glissant depuis la taille,
lentement, jusquโaux orteils
puis, avec la violence dโun รฉclair
lโon remonte, tout en haut,
pour ensuite
dรฉcouvrir ton visage
insignifiant.
Mon รฉtranger.
Ma passion.
Mon รฉtranger โฆ
Si doux.
LAME.
Notre danse est un rituel ;
une obsession insensรฉe
entre deux papillons de nuit
jouant avec le feu.
Ni chaรฎnes, ni fouet.
Juste une attache โฆ
et les douces consรฉquences
de la lame tranchante dโun sabre.

MOTS COCHON.
Insinuations lubriques murmurรฉes
dans lโespace enfumรฉ des bars
qui excitent les gonades
et font croire ร des promesses
mots doux et traรฎtres ร la fois.
Les effluves de corps en sueur
se mรชlent aux parfums
des Grands Magasins
comme lโeau et lโhuile,
le cuir et la soie โ
รฉlรฉments hรฉtรฉroclites,
qui sโattirent cependant
comme par magnรฉtisme.
Eh oui โฆ
jโaime cette maniรจre que tu as
de mentir en prenant des poses,
en attachant mes poignets et mon sexe ;
en me forรงant ร mโagenouiller ;
exigence dโune totale soumission.
Dans cet air รฉtouffant, nous entamons
le ballet sensuel des flirts anonymes,
tu dรฉtournes ton regard ;
je plonge le mien dans mon cocktail,
tu commences alors ร scruter,
Lentement, mon torse et ma taille.
Jโacquiesce en souriant, et toi
tu tโรฉloignes, car jโai enfreint
les rรจgles du jeu,
trop pressรฉ de remplacer
mes fantasmes par la rรฉalitรฉ,
invitant par lร le danger.
Tu me regardes mais feins lโindiffรฉrence
et je mโen vas avec quelquโun dโautre
deux heures plus tard.
Moi, รฉpuisรฉ,
le tรชte fourmillant dโimages lubriques,
jโinvestis, รฉcoeurรฉ et rageur,
les entrailles dโun quidam.

CHERCHE AMANT, UN VRAI.
Je veux un amant, un vrai โฆ
et je le veux maintenant.
Comme Arthur Rimbaud โฆ ou Jean Genet.
Non pas comme ces mauviettes
qui ont parsemรฉ ma jeunesse :
lโoncle qui mโavait convaincu que jโรฉtais
une โtapetteโ, un โgogo bizarreโ,
avant que je nโapprenne
ce quโรฉtait la baise ;
et cet enfoirรฉ qui mโa violรฉ
dans la maison de sa mรจre โ mโobligeant
ร tenir ma langue de peur quโelle ne se rรฉveille
et appelle la police โฆ pour me coffrer, ou pire.
Ou bien encore cette โfolleโ sadomaso qui
possรฉdait tout un attirail de jouets sexuels
et de godes en caoutchouc,
mais qui se fรขcha lorsque je me mis ร rire
parce quโelle ne pouvait plus bander โฆ normalement.
Je veux un amant, un vrai ;
qui puisse me sucer et mโenculer
et me prendre comme un โhommeโ.
Je veux un amant, un vrai โฆ qui soit
tout ce quโil dit รชtre ; et qui sโen ficherait
que lโon apprenne quโil aime un autre homme.
Je veux un amant, un vrai โฆ
Comme Arthur Rimbaud โฆ ou Jean Genet.
Et je le veux maintenant.
SURVIVANT.
Oh oui, cโest un survivant โฆ
sa mรจre alcoolique a le cancer du sein ;
et son โpรจreโ lโa quittรฉ bien avant
sa naissance.
Vivre dans un parking ร caravanes
a ses avantages : les gens
sโen fichent que vous dรฉcouchiez ou non โฆ
ou que vous restiez absents des jours entiers.
Oh oui, cโest un survivant โฆ
sa soeur รฉtait une prostituรฉe ;
elle ne touche plus ร la came
afain de conserver son emploi
comme caissiรจre chez Wal-Mart.
Son petit ami, un vaurien,
vit ร ses crochets โฆ
il nโest mรชme pas foutu de recycler
les bouteilles jetรฉes ร la poubelle
ni les canettes ou les rรฉcipients.
Oh oui cโest un survivant โฆ
il se fait tabasser un jour sur deux
a lโรฉcole ; et giflรฉ une fois par semaine.
a la maison. Il y est habituรฉ et
a prรฉsent il sโen fiche,
depuis peu il porte sur lui
un couteau ร cran dโarrรชt
pour voir sโil peut se dรฉfendre โฆ
comme ร la guerre en Iraq.
Il rรชve de possรฉder un revolver et espรจre
quโun jour un mac connu de la pรจgre
croisera son chemin
et retapera sa vieille gimbarde
pour en faire un vrai bijou.
Oh oui, cโest un survivant โฆ
Il prend ses mรฉdicaments contre le sida
uniquement lorsquโil sโen souvient.
La vie est un doux mรฉlange : parfois โparadisโ
et souvent โenferโ โฆ cela dรฉpend sโil est camรฉ,
sโil a baisรฉ ou sโil nโa rien fait du tout, ou les deux ร la fois.
Un voisin punk lโa traitรฉ une fois de pรฉdรฉ
Il a souri simplement โฆ lโenfoirรฉ a eu peur
et a pris la poudre dโescampette. Ni chaud ni froid !
Tout cela est dโailleurs aussi alรฉatoire que futile ; comparรฉ
au rรฉchauffement climatique, ร la menace nuclรฉaire,
aux tueurs en sรฉrie, au terrorisme โฆ
et que dire de ces satanรฉes galeries marchandes !
Les posters qui ornent sa chambre
sont des photos de victimes :
de la Seconde Guerre Mondiale,
de catastrophes naturelles,
dโattaques terroristes โฆ
ceux qui lui rappellent
quโil a de la chance
peuvent aller se faire pendre !
Sa mรจre joue ร plein volume
ce vieux tube disco โI will survive !โ โฆ
la rare fois quโil dรฉcide
de faire ses devoirs.
Oh oui, cโest un survivant โฆ

LE DERNIER TANGO.
Les rรจgles de vie
les plus importantes
nous ont รฉtรฉ rรฉvรฉlรฉes
avant lโaube, dans lโune
des grandes avenues
qui ont toujours รฉtรฉ
en contradiction avec
la logique des choses utiles :
la vin jeune โฆ
la dรฉbauche sexuelle โฆ
les achats compulsifs
et sans doute aussi โฆ
la frรฉquentation des รฉglises
un jour ouvrรฉ.
Nous nous reconnaissons dans les
rรชves vivants capturรฉs
dans les tableaux de Goya et de Jรฉrรดme Bosch.
Et lร , nous dansons notre dernier tango ;
lentement โฆ
religieusement โฆ
dรฉsertant la mรฉmoire
des choses rรฉelles
a lโombre de nos
ultimes
indiscrรฉtions.
รTALON.
Rรฉpondant ร lโappel
dโune chaude nuit dโรฉtรฉ,
le jeune homme musclรฉ repรจre
les rues depuis le perron de
sa maison dโOakland
avec le regard aiguisรฉ dโun vautour.
Il apaise le feu
qui traverse ses entrailles
en buvant de la biรจre
et un fumant une cigarette,
se dรฉhanchant aux rythmes
quโรฉmet son Sony Walkman
senteurs exacerbรฉes
qui lโรฉmoustillent.
Chaque fois quโune femme
passe par lร , il la salue
et lui fait des propositions.
A lโune dโelles, qui lui suggรจre,
avec mรฉpris, de โse la faire mettreโ.
Le jeune homme rรฉpond
en lui envoyant un baiser
et se met ร rire
maniรจre de se dรฉfendre
tout en restant courtois.
Jusquโร ce quโil avise
un garรงon qui lui fait
des yeux doux
et il se met alors ร crier :
โCesse de me regarder comme รงa,
Espรจce de pรฉdรฉ ?!!โ

METTONS LES POINTS SUR LES I.
Mettons les points sur les i โฆ
Non, je ne suis pas โgayโ, voilร , cโest dit โฆ
Alors ne va pas pas chercher les poux ;
ne me salue pas dans la rue,
ni ร la gym, ni dans la galerie marchande ;
et pour lโamour du ciel ne le dis jamais
a personne, tu entends ?
(Sinon, sinon tu risques la mort !)
Compris !!! VOILร ce que je voulais te dire โฆ
PEUT-รTRE.
Vive
Lโamour !
Vive
Le sexe !
Vive
Le mensonge !
Peutโรชtre tโai-je rencontrรฉ
dans lโerrance de mes rรชves.
IDENTITร.
Nโaie pas peur โฆ
Surtout ne fais pas le crรฉtin
et cesse de te prendre pour Dieu le Pรจre
alors que tu nโes quโune mauviette.
Ne vois-tu pas que
je nโai aucune envie de te baiser โฆ?
Je veux รชtre aimรฉ, admirรฉ ;
et parfois je veux รชtre toi.
Suis-je en quรชte de fausses identitรฉs ?
Peut-รชtre bien,
mais ce qui me peine le plus
cโest que je sui prรชt ร tout
pour en avoir une.
Dโidentitรฉ.
– Adam Donaldson Powell



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