dreamtime (ou “pour les trolls”)

dreamtime (ou “pour les trolls”) — version verlan vénère

Quand la téci tombe (When Twilight Comes)

Quand la téci déboule et la conscience s’met en veille,
des vieux échos d’avant-histoire commencent à grésiller
comme une berceuse d’égo — d’abord grave, marron-foncé,
genre violoncelle qui fait trembler la moelle jusqu’à couler,
puis ça monte en cris chelous, brillants, qu’t’entends même pas,
des cris d’anges venus juste pour foutre la merde, tu vois.

Mon souffle part en vrille, devient des vagues turquoise
qui fouettent ma forteresse psy, trop à fleur, trop en loose.
Aucune garantie que j’suis prêt pour ce bail chelou :
un aperçu du réel en mode pureté de ouf,
trop perso — obligé d’me raccrocher à la vie terrestre
et d’éclater la perfection en miettes, façon verre qui s’casse.

Ça pleut dans ma tête, léger, comme des bouts de miroir flous.
J’me réveille en sueur — mais pas venu pour rien du tout.
Et surtout…
j’suis plus le même reuf qu’avant.

Trip nocturne (Nocturnal Journey)

À la vingt-cinquième heure,
quand l’insomnie lâche l’affaire
pour une téci jungienne,
l’horloge sur la table de nuit
ticke sans respect — trahison mentale, rythme malsain.

C’est une messe pour les âmes paumées,
un délire où les esprits sans défense
se font escorter en douce vers la fin du time.

Les aiguilles fondent, deviennent des images cheloues :
des mains sans corps qui tâtonnent,
qui m’attrapent et m’aspirent vers un néant qui tourbillonne.

J’chute sans fin,
je plonge,
je dépasse des ruines en pierre qui flottent,
traverse des jungles d’avant,
et j’atterris dans une galaxie de morceaux verts translucides.

Les battements des anciens,
tous flippés encore,
m’poussent à crier avant l’impact.

Et là — réveil en panique,
la main qui cherche la lumière du cadran,
comme si ma vie en dépendait.

Rétro (Retrospective)

Les années passent,
les fins deviennent des débuts,
comme de la fumée bleu-gris
qui glisse vers des palais en albâtre
dans une conscience primale.

Là-bas, dans le jardin de la créa,
les cendres d’un milliard d’impulsions cramées
tombent lourdes sur les sillons de l’attente,
et cultivent les rêves avec de l’expérience.

Cueillette de champis au royaume

Pieds nus, je titube dans la forêt du royaume,
sans capter ni le sens, ni le danger.

Je cherche un trésor,
comme un gosse naïf en plein délire fantasy,
à la recherche des secrets planqués des champis.

Par moments, mon sommeil de beauté se fait déranger
par le silence lourd de la nature
qui balance des images cheloues du subconscient,
venues d’endroits sans nom ni temps.

Derrière une fougère époque dinosaures,
sous un caillou couvert de mousse,
il est là — le plus beau champi que j’ai jamais vu :
rouge large, tacheté or.

J’tends le bras…
j’bloque juste avant de toucher.

Le caillou commence à briller — vert émeraude,
d’abord doux, comme une braise,
puis violent — lumière divine, amour infini.

Et là — BOUM.
Je sors de mon corps.

Mes chakras s’alignent nickel,
je me vois d’en haut,
je vois toute l’existence humaine en grand angle.

Tout est harmonieux, parfait,
comme entre deux vies terrestres.

Mes galères ?
Rien.
Un rêve d’été éclaté.

Je reviens jamais totalement comme avant,
mais j’garde un bout de cette lumière dans le cœur.

Dans mon sac ?
Pas un seul champi.
Juste un caillou.

Mais en vrai —
le plus gros trésor du royaume.

Le blues de Saturne

Quand la lune traîne à Fresno
et que le soleil pose une vibe violette
sur l’automne qui commence,
les vents froids de l’enfer soufflent lourd
sur les rêves des héros locaux
et des meufs qui les ont faits.

Les fermiers fixent les champs, perdus.
Les daronnes serrent leurs petits sans raison.

Ils sentent venir un truc long, dur, relou —
une période où la foi et le courage
se font tester sale.

Le manège part en vrille.
Les récoltes meurent.
Les gens qu’t’aimes partent.
Le taf saute.

Et les rêves les plus simples
se font étouffer par le blues de Saturne —
une comptine flippante
qui se répète en boucle
avec des variantes toujours aussi cruelles.

Spleen (version hardcore)

Dragons qui hurlent, crachent du feu,
rasent des plaines de cerveau ravagé.

La peur allume des incendies intérieurs,
ça brûle les tripes,
les veines gonflent, transportent la panique,
les nerfs crament.

Tout lâche :
récoltes mortes, barrages pétés,
le contrôle bug.

Les yeux se ferment pour fuir —
mais même le noir est éclaté
par des taches rouges violentes,
morceaux de rate en vrac,
preuve que tout ce que tu craignais…
c’était réel depuis le début.

Pour les trolls : l’évangile de la Screen-Génération

Ils lisent pas —
ils survolent.

Ils picorent.
Ils sirotent le sens à la surface
et appellent ça comprendre.

Dans l’ère des écrans,
la page est aplatie, pixelisée,
transformée en vision instantanée
où penser est trop lent pour survivre.

Toi tu charbonnes dans la langue,
tu creuses des idées dans le silence,
tu poses des preuves comme des briques,
tu relies tout jusqu’à ce que ça vibre.

Mais personne capte.

Ils arrivent tard,
les yeux formatés pour reconnaître — pas lire.

Un titre suffit.
Une légende = conclusion.
Une image ?
Évangile.

Alors ils disent :
“Le texte est lourd…
mais l’image t’a niqué.”

Comme si la vérité vivait dans les pigments,
comme si une idée devait être dessinée à la main
pour exister.

Ils rampent des commentaires
comme des apôtres trempés de certitude,
les doigts gras de haine,
criant à l’hérésie contre ce qu’ils pigent pas.

Toi, t’écris avec un fantôme —
pas pour hanter,
pour aider.

Un mélange fluide entre outil et esprit.

Mais eux voient pas les esprits.
Ils voient que la surface.

Ils kiffent l’objet,
flippent de la méthode,
gardent une porte vers un passé bidon.

T’entends ?
La régression lente.
Le retour vers le superficiel.

Une nouvelle illettrisme,
pas par manque de signes —
par refus de profondeur.

Avant, les images apprenaient aux illettrés.
Aujourd’hui, on revient en arrière —
pas parce qu’on peut pas lire,
mais parce qu’on veut pas.

Et ça, c’est le vrai flip :
pas le feu,
pas la ruine —
mais la capture tranquille de l’esprit.

Pris en otage
par des terroristes du “no-think”
qui répètent :

“Trop long.”
“Pas lu.”
“Montre plutôt.”

Ils flippent de penser.
De comprendre lentement.
D’entrer dans un autre esprit.

Alors ils s’accrochent au “réel” dessiné,
comme si la main était sacrée
et l’idée jetable.

Toi t’es entre deux mondes —
mot et image,
effort et facilité,
long et instantané —

et tu continues d’écrire.

Parce que quelque part,
sous l’avalanche d’images,
y’a encore un lecteur.

Ou son fantôme.

Ou juste la possibilité
qu’un esprit affamé
réapprenne à avoir faim.

En attendant —
laisse-les gueuler dans leurs cavernes lumineuses,
polir leur méfiance comme une vieille lame rouillée —

toi, tu construis un truc
qu’ils peuvent pas voir.

Et ça —
ça les terrifie encore plus.

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