
Revue : L’année a perdu son printemps, par Edgar Morin, 384 pages, 2024.
La fabrique d’Edgar Morin, philosophe extraordinaire.
Ce “premier roman” est clairement le produit d’un processus de plusieurs décennies, car Monsieur Morin gère si bien la narration – de ces moments forts de sa vie – que les mots et les images dansent facilement sur les pages et dans l’inconscient philosophique, sans littéraire trébuchant.
Il a d’ailleurs eu tout le temps d’écrire cette œuvre, qu’il a finalement publiée à l’âge de 103 ans.
Le roman est en fait une autobiographie romancée, dans laquelle il ignore admirablement et intelligemment la classique couverture année par année (comme « l’approche Boswellienne »), et invite le lecteur à se joindre à lui pour reconstituer les événements de vie les plus significatifs qui ont été essentiels à sa formation personnelle et intellectuelle. La vie est – à bien des égards – un film et un puzzle, où même les pièces qui, au premier abord, peuvent sembler hors de propos, s’avèrent finalement naturelles dans une perspective plus large. Les événements de la vie ne sont pas nécessairement linéaires et en deux dimensions, et il est “permis” et normal d’avoir plus d’une pensée en même temps. Ici, Morin modernise le concept de la biographie en s’éloignant de la structure boswellienne donc “chaque barreau de l’échelle est vital”, et en se concentrant sur “les choses bonnes et significatives – qui définissent qui est une personne … et pourquoi”. Cette “autobiographie” est donc construite et écrite d’une manière qui s’apparente davantage à un portrait cinématographique qu’à un profil Wikipédia académique. Les lignes floues entre la vérité et la fiction imitent ” la littérature qui imite la vie qui imite la philosophie d’être et de pas être “. Après tout, il ne peut y avoir de vérité absolue lorsque la réalité et la sous-réalité sont tellement imbriquées dans chacune de nos pensées, de nos paroles et de nos actions.
M. Morin commence son récit par une version plus courte relatant son expérience de la perte de sa mère en bas âge (racontée sur 180 pages dans ” L’île de Luna ” (2017)). Cet événement a été le début de son mouvement vers le monde parfois maladroit de la conscience et du comportement adulte. Et au fil des années et les pages, le lecteur assiste non seulement à l’évolution de l’auteur, mais aussi à celle de sa personnalité. Et avec Edgar Morin, nous pouvons rejoindre Albert Mercier (le protagoniste) dans le rire, la tristesse et la douleur.
— Adam Donaldson Powell

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